Dijon – 29 avril 2010
Le 29 avril dernier, le Centre Hospitalier Universitaire de Dijon accueillait la neuvième Rencontre de la Santé de la tournée Décision Santé – Novartis 2009-2010.
Pierre-Charles Pons, Directeur général du CHU de Dijon a ouvert le débat : « Le monde hospitalier est aujourd’hui traversé de perspectives nouvelles, de projets, de mutations et les acteurs sont toujours friands d’échanges, rien ne peut se faire de manière isolée, la coopération est essentielle.» Il a ainsi salué cette opportunité pour les acteurs ici présents de partager un moment de dialogue ouvert sur ces questions et a souhaité que chacun y trouve des sujets de réflexion et des réponses aux interrogations qui demeurent.
Françoise Tenenbaum, Adjointe au Maire de DIjon déléguée à la santé et vice-présidente du Conseil général de Bourgogne, a pour sa part souligné que le rôle du maire va connaître des changements, notamment dans le cadre de ses responsabilités à l’égard du secteur hospitalier. Elle a témoigné de l’engagement fort des collectivités territoriales face aux bouleversements que la loi HPST entraîne, mais également des interrogations et des réflexions menées par les collectivités territoriales sur la place qu’elles vont occuper dans le futur paysage sanitaire régional. Le maillage territorial va en effet être revu par l’Agence Régionale de Santé ; dès lors, quelle sera la place de la région et des collectivités territoriales auprès de l’ARS ?
Cécile Courrèges, Directrice de l’Agence Régionale de Santé de Bourgogne, et plus jeune directrice d’ARS de France, a qualifié l’institution qu’elle dirige officiellement depuis le 1er avril d’« Objet Administratif Non Identifié » pour la plupart des acteurs encore à ce jour. Le projet de création de ces ARS est né dans les années 1990 – a-t-elle rappelé. « C’est un projet très ambitieux qui, bien plus qu’une réforme de l’organisation, relève d’une révision complète de notre approche des politique de santé qui nous mène vers une évaluation globale des besoins des populations et une gestion globale de la santé. Une chose est sûre, l’ARS n’y arrivera pas seule, elle aura besoin des collectivités locales, des professionnels de santé, des associations, etc. pour relever les défis qui l’attendent».
Jean Bourhis, Directeur des relations institutionnelles et économiques de Novartis, partenaire des Rencontres de la Santé 2010, a tenu à exprimer l’engagement profond de Novartis auprès de tous les acteurs concernés par ces réformes. Empreinte des valeurs d’innovation, de performance et soucieuse de sa responsabilité sociétale, l’entreprise souhaite contribuer à faciliter la mise en place du dispositif et a pour cela mis en place de nouvelles directions des relations institutionnelles et économiques dans chaque région afin d’être à l’écoute de ses partenaires et de développer des partenariats innovants et pertinents sur le terrain, Pascale Demortière en l’occurrence pour la région Franche-Comté Bourgogne.
La performance, aussi bien économique, technique, que médicale est stimulé par l’innovation : en 2009, 20% du chiffre d’affaire annuel ont été réinjectés dans la recherche et le développement. Depuis 2000, 19 nouvelles molécules ont ainsi été enregistrées par le laboratoire Novartis, ce qui le place en position de leader mondial en matière d’innovation. 140 molécules sont en développement aujourd’hui, notamment dans les domaines des neurosciences, de la maladie d’Alzheimer, ou encore de la Sclérose En Plaques.
Côté responsabilité, Novartis a mis en place des programmes de distribution de médicaments gratuits ou à pris coûtant à travers le monde contre la malaria, la lèpre ou encore le palud. Enfin, le Laboratoire, engagé depuis près de dix ans à travers sa Fondation d’entreprise dans l’accompagnement de l’entourage des patients, a également souligné que le nouveau système de santé devra accorder plus de place aux familles qui se révèlent être de précieux partenaires de soin. « A l’automne 2009, Novartis a organisé 10 réunions de travail en région pour recueillir les recommandations des acteurs de santé de terrain sur cet enjeu majeur de notre société, et sous le haut parrainage de Nora Berra, le 7 avril dernier, 10 recommandations ont été présentées afin d’inciter les gouvernement et les acteurs à s’engager pour faire avancer débat et le statut des aidants » a-t-il conclu.
SESSION I – Les Nouveaux modèles d’organisation internes
La première communication exposée concernait le dépistage ambulatoire de la rétinopathie diabétique, conduit par Pr Catherine Creuzot-Garcher, Chef du service d’ophtalmologie au CHU de Dijon. Elle a souhaité avant toute chose souligner le rôle fondamental des associations de diabétiques dans l’information et le dépistage des populations qui, pour accepter de se faire traiter, doivent avant tout avoir conscience de la nécessité du dépistage et des dangers d’un diabète non traité.
Le dépistage à un stade précoce est très important dans le cas de cette pathologie, or il est encore insuffisamment réalisé dans les zones rurales et sous-médicalisées notamment, d’où l’idée d’un système qui aille à la rencontre du patient.
Karima Brassac, orthoptiste et coordinatrice du dépistage itinérant de la rétinopathie diabétique de l’URML de Bourgogne, a tenu à mettre en avant les nombreux partenaires de ce réseau : le CHU pour l’interprétation des clichés, les associations pour l’accueil et l’information des patients reçus, et l’ensemble des institutions et collectivités : URCAM, CPAM, MSA, RSI et municipalités. Les publics visés sont les diabétiques de type 1 et 2 qui ne suivent pas les recommandations de suivi de soin.
Françoise Giroud, Diabétologue a insisté sur le caractère exemplaire de cette collaboration avec les réseaux existant et tous les acteurs de terrain. Des sessions d’éducation thérapeutique des soignants sont également organisées afin de sensibiliser les professionnels à la pathologie et à son dépistage. Françoise Giroud a également salué le fait que l’éducation thérapeutique soit désormais inscrite dans la loi, reconnue et valorisée. Il s’agit maintenant de lui assurer des sources de financement pérennes et une organisation viable, qu’elle se fasse en institutions ou en libéral, qu’elle soit individuelle ou collective.
Laurent Chirpaz, ophtalmologue à Dijon, a rapporté que ce sont en partie les médecins libéraux qui ont rendu possible le projet : 80% des ophtalmologues ont adhéré au projet de dépistage en zones sous médicalisées. Une mutualisation des outils a également été développée : auparavant il existait 3 sites de chirurgie réfractive, tous déficitaires, et dont le matériel devenait obsolète. Grace à la mise à disposition partagée des lasers Excimer par le biais d’une société spécialisée, le matériel est rentable et récent, et le volume des actes générés par la mise en commun a permis de faire baisser le coût pour le patient.
Catherine Creuzot-Garcher a insisté sur cette nécessité de s’éloigner d’une mentalité uniquement hospitalière pour évoluer vers l’accueil des libéraux afin de favoriser l’optimisation des outils de travail dans l’intérêt du patient et pour la qualité des soins.
Karima Brassac a enfin précisé que, selon le lieu et les réseaux en place, plusieurs types de dépistages sont réalisés.
A la question de Pascal Maurel concernant l’instance à qui devrait revenir l’initiative de tels projet, qui devrait prendre l’initiative de ce type de projet, Pr Catherine Creuzot-Garcher a répondu que dans le cas de maladies aussi multifactorielles que le diabète, chaque acteur joue un rôle clé et que les pouvoirs publics ont le pouvoir de rendre ces choses possibles à travers le financement du projet qui s’avère extrêmement rentable au long terme.
Karima Brassac a précisé que le dispositif était en cours de mise en place dans les Antilles et le Nord Pas de Calais et que d’autres systèmes avec des adaptations locales étaient en train de se développer, notamment en Ile de France.
Pr Yves Cottin, Professeur de cardiologie, CHU de Dijon a ensuite présenté avec beaucoup d’humour et de pragmatisme l’Observatoire des infarctus du myocarde de Côte d’Or dans la prise en charge médicale. Le registre baptisé RICO, seul registre reconnu par la Haute Autorité de Santé, au départ uniquement nourri des informations de l’hôpital, a peu à peu intégré les données pré-hospitalières grâce à la contribution notamment du SAMU et post-hospitalière grâce aux associations et médecins en charge du suivi des patients. Une association avec les réseaux de Franche-Comté est en projet, et les régions Bretagne et PACA sont en passe de se doter du logiciel pour développer le registre sur leur territoire.
Dans cette collaboration public-privé, une uniformisation des protocoles et des prises en charge a été réalisée, les décisions sont collégiales et la cohésion est très forte entre acteurs. Le registre permet d’obtenir des profils de populations extrêmement précis et fiables et ainsi de construire des politiques de santé en fonction de ces profils et des besoins. Entre 2001 et 2009, le nombre d’infarctus a diminué de 42% ! Autre bénéfice majeur, le délai de prise a considérablement diminué. La généralisation nationale de ce dispositif est en cours d’étude par l’HAS.
SESSION II – Interfaces et Coopérations
Cette deuxième session a mis en lumière le puissant dispositif construit entre les deux régions Franche-Comté et Bourgogne dans le domaine de la gérontologie. Olivier Boyer, Directeur du projet du pôle de gérontologie interrégional de Bourgogne-Franche-Comté, a rappelé que l’ambition des deux régions est la même : répondre aux défis du vieillissement en regroupant les forces sous forme de gérontopole afin d’améliorer la coordination des soins entre acteurs, de créer des lieux d’échanges et d’information, et une dynamique d’action commune entre collectivités territoriales, établissements de santé, professionnels de santé, usagers, aidants.
Sylvie Mansion, Directrice de l’Agence Régionale de Santé de Franche-Comté a souligné que beaucoup de collaborations existent déjà entre la Franche-Comté et la Bourgogne car les deux régions ont compris que la complémentarité est bénéfique pour tous. « Ce pôle peut porter des développement pour l’avenir et il s’inscrit dans la démarche globale et cohérente des ARS. Fluidifier et décloisonner sera le rôle des ARS pour s’assurer que chacun est pris en charge comme il doit l’être. Des réponses ont déjà été développées, elles seront soutenues, pérennisées, développées, généralisées.» a-t-elle déclaré.
Christophe Madika, Directeur de la CRAM Franche-Comté Bourgogne, dont l’engagement sur la question des personnes âgées est ancien a précisé qu’un GIE avait été créée pour coordonner les prestations sociales aux personnes âgées, qui permet d’apporter des réponses graduées en fonction du niveau de dépendance des patients âgés.
Pr Jean-François Robert, Président de l’Institut du Vieillissement de Franche-Comté a présenté cet organisme original mis en place en 2002 dans le cadre d’un projet d’Institut National du vieillissement qui a été finalement abandonné à l’échelle nationale mais réalisé en Franche-Comté. « La philosophie, la sociologie, la psychologie, ou encore les sciences juridiques sont tout autant de disciplines qu’il est important de mobiliser dans une réflexion sociétale sur l’accompagnement de l’avancement en âge en vue de concevoir des projets et actions efficaces » a-t-il expliqué.
Pr Pierre Pfitzenmeyer, Chef de service gériatrie du CHU de Dijon et Président du Gérontopôle de Bourgogne a pour sa part souhaité rappeler que les personnes très âgées ou très handicapées ont très envie de vivre si on leur donne les moyens de le faire dans de bonnes conditions, et c’est justement la mission du gérontopôle.
Françoise Tenebaum est alors intervenue pour appuyer sur la nécessité de la transversalité, de la transdisciplinarité, de l’écoute et de la réactivité dans l’accompagnement des personnes âgées. La ville de Dijon, première « ville des seniors » en France, a pour cela par exemple mis en place la gratuité des formations d’assistante de vie pour les personnes au chômage, jeunes ou moins jeune.
Patricia Oliveras a mis l’accent sur l’importance de l’aspect économique est très important pour assurer la pérennité des dispositifs crées, soulignant l’apport de l’industrie « Des industriels font partie du conseil d’orientation et des clubs d’industriels régionaux et nationaux sont en cours de constitution, dont Novartis ici présent. ». Ces soutiens permettront l’organisation de journées d’études, de concertation, d’études conjointes, etc.
Alain Coulomb, ancien Directeur de la Haute Autorité de Santé et grand témoin de ce débat dijonnais a extrait de tous ces propos un constat : « La réforme apporte des choses que les gens attendaient. Les espoirs exprimés face à cette nouvelle réforme ont été mûris. ». Il a aussi noté l’intérêt récent des élus dans la santé, une prise de conscience que la santé est un élément de structuration du territoire car il concerne la prise en charge des populations, les déserts médicaux, etc.
SESSION III – Gouvernance régionale et territoire de santé.
Sur les responsabilités qui l’attendent, Cécile Courrèges affirme qu’il faut aimer les défis : « Etant donnés l’ampleur de la tâche, le changement de la conception même des politiques de santé mais dans un contexte financier tendu et une obligation d’optimisation des moyens, il va falloir preuve d’imagination et d’ingéniosité ! ». Interrogée sur les spécificités de la région Bourgogne, Cécile Courrège évoque la prégnance très forte de la permanence et de la présence médicale, pour lesquelles la région est un bon laboratoire. Dans le contexte financier actuel et dans l’environnement qui est celui de la Bourgogne, les maisons de santé pluridisciplinaires sont un des outils qui va être soutenu pour répondre aux besoins spécifiques des populations, d’autant plus que c’est une solution pour laquelle la région a été pionnière.
C’est ensuite la problématique de la gouvernance qui a été traitée. S’il y a des changements sur le plan de l’ossature législative et règlementaire, il y a sur le terrain la pratique et les hommes, et c’est sans aucun doute l’intérêt des structures et des patients qui déterminera les projets et process développés.
Pascal Gouin, Directeur du CH d’Auxerre a abondé en ce sens : « motivation, implication et coopération sont les maîtres-mots de l’avenir de la santé ». En termes de gouvernance, il a noté que la loi HPST revient en partie sur la loi Mattéi qui était la première à instaurer cette coopération entre décideurs. « La loi HPST inquiète un peu car il ne faudrait pas qu’elle soit vécue comme un resserrement de l’autorité alors que jusqu’à présent la gouvernance était relativement équilibrée et autocratique » a-t-il évoqué.
La problématique de la démographie médicale a, comme souvent lors de ces Rencontres de la Santé, soulevé de grandes inquiétudes parmi les participants. Comme à Poitiers, la possibilité de signer avec les jeunes médecins un contrat les obligeant à rester 3 ans dans la région où ils ont fait leur cursus a suscité une forte approbation.
Les craintes de « prédation » des petits établissements par de plus gros ont également été débattues. Arnaud Dellinger, Président de la CME du CHU de Chalon-sur-Saône a rassuré sur la complémentarité des structures et sur la notion de proximité importante pour les patients, et à laquelle les soignants sont donc attentifs. Pierre-Charles Pons l’a soutenu en précisant que cette crainte est aujourd’hui très faible, et que ce sont les petits hôpitaux de proximité qui viennent voir le CHU avec des demandes de coopération.
A l’occasion d’une intervention de la salle, il a été rappelé tout l’attention qu’il allait falloir accorder au tissu médico-social dans la définition des territoires de santé. Cécile Courrège a remercié l’intervenante d’être revenue aux services médico-sociaux qui doivent être transversaux dans la politique de soin.
Sur la place des pharmaciens dans la loi, Alain Delgutte, Président du Conseil Régional de l’Ordre des Pharmaciens de Bourgogne a affirmé « Avant la loi, les pharmaciens étaient responsable de la dispensation et de la préparation des médicaments, mais dans la pratique ils exerçaient également des fonctions de recours, d’éducation thérapeutique et d’orientation des patients. La loi HPST reconnaissance incontestable de ces actes que nous ne réalisions pas dans un cadre légal jusqu’ici. La question de la valorisation financière de ces actions sera définie dans les décrets. »
Jean Bouhris est intervenu alors pour souligner que le décloisonnement est le meilleur moyen de s’assurer de l’observance des patients qui est encore très problématique. « Dans certaines pathologies pourtant sévères, on constate de gros problèmes de fuite thérapeutique, qui sont très préjudiciables aux patients. La loi HPST devrait faciliter l’accompagnement du patient dans sa prise en charge. »
Alain Coulomb a conclu ce débat par plusieurs points essentiels : d’abord le sentiment que tous les acteurs veulent que la réforme fonctionne, notamment grâce à des relations plus égalitaires et plus actives entre patients et médecins. Ensuite un traitement concentré sur le malade, pas seulement la pathologie, grâce à un continuum entre hôpital et toutes les autres structures : «si le diable existe il est dans les cloisons » a-t-il dit. Enfin, la prévalence d’un discours pédagogique plutôt que prescriptif sera essentielle. L’adaptabilité, la souplesse et la perméabilité des structures et des acteurs, s’ils représentent les principaux défis de cette réforme, seront aussi et surtout les clés de sa réussite.
Contact Presse : Audrey Saluzzo / asaluzzo@ruderfinn.fr/ 01 56 81 15 09
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